Les Vainqueures | Léa Jeanmougin

Le Studio XX accueille Léa Jeanmougin en résidence du 25 janvier au 21 mars 2015 avec Les Vainqueures, un projet de cartes virtuelles à collectionner pour une réappropriation féminine de la « Grande Histoire ».

« Le projet Les Vainqueures se propose, le temps de la résidence, de développer à travers un site web participatif et un prototype d’application pour téléphone intelligent une collection de « cartes » virtuelles à l’effigie de femmes qui ont marqué l’histoire. Empruntant aux codes des cartes de sportifs, cette collection se veut une exploration de la glorification iconographique telle que menant, à mon sens, à la cristallisation des personnages significatifs et inspirants dans les mémoires collectives. Ces cartes, visuellement marquantes, pourront révéler des femmes encore méconnues ou ancrer dans notre inconscient et sous un jour nouveau le visage de celles qui peuplent déjà, en tant que souvenirs lointains ou au contraire figures sacralisées, nos références mentales.

Le format de la carte a plusieurs résonnances : d’abord (et selon les codes que je reprendrai ou détournerai), les cartes sportives des idoles de l’enfance ; ensuite, les cartes d’icônes religieuses, ces saints accompagnés de prières que les croyants glissent dans leur porte-monnaie en guise de pense-bête ou de porte chance ; mais aussi, à un autre degré, les cartes de tarots aux arcanes ancestrales. Ce dernier point appelle particulièrement mon attention pour sa valeur symbolique, le tarot étant depuis des siècles un outil divinatoire presque exclusivement féminin, au cœur du pouvoir des femmes dans les sociétés matriarcales médiévales, et qui a ensuite été méprisé puis largement relégué au rang des pratiques « ésotériques » et donc illégitimes.

Le téléphone intelligent devient, quant à lui, le pendant virtuel d’une collection de cartes en papier. Objet dont la matérialité est au cœur de notre quotidien, sa taille et parfois même ses proportions miment avec une frappante exactitude les cartes « collector » que l’on peut tenir – non sans un certain fétichisme – au creux de sa main. Mais, contrairement à une carte imprimée, le téléphone renferme en un objet une infinité d’image et d’information, autant d’icônes à recevoir, à sauvegarder, et à partager.

Il sera intéressant, dans cette résidence, d’explorer tout particulièrement le potentiel de partage permis par la collection numérique (sa raison d’être, sa mécanique, ses possibles) pour tendre vers une circulation massive de ces cartes et ainsi rejoindre mon intention de base : entériner ou créer de nouvelles références historiques féminines auprès d’un large public.

Il s’agira enfin de questionner les critères de sélection de ce qui fait un personnage historique marquant. Est-ce mesurable au vu d’un certain impact sur un peuple, une masse ? Est-ce pour un exploit ? Une attitude avant-gardiste ? Et en quoi ces critères sont-ils dictés par une vision masculine de l’histoire ? Est-ce les femmes qui nous inspirent hier et aujourd’hui peuvent créer de nouvelles formes de critères ? Comment s’articulera mon rôle de « curatrice historique » dans cette sélection ? »

Léa Jeanmougin

Participant-e-s

Matricules