FESTIVAL LES HTMLLES 2016 : Bilan de la 12e édition

La 12e édition du festival féministe d’arts médiatiques + de culture numérique Les HTMlles s’est terminée en beauté le 6 novembre dernier, après 4 journées foisonnantes d’activités.

Le festival a mis en valeur le travail de plus d’une soixantaine d’artistes et conférencier-ière-s issues des cinq continents, en présentant près de 40 projets de performances, d’installations, de projections, d’ateliers et de tables rondes. 

Les HTMlles a attiré plus de 900 visiteur-euse-s dans une dizaine de lieux à travers Montréal. Cette édition aura indéniablement été un réel succès, rassemblant un public intergénérationnel, présent en TRÈS grand nombre et venant de milieux très diversifiés, autour d’une thématique forte et d’actualité : Conditions de confidentialité.

Le festival a été particulièrement remarqué par les médias, très concernés par les problématiques actuelles de confidentialité et de surveillance dans le milieu journalistique.

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“MY TERMS OF PRIVACY” 

Les HTMlles a pris place alors que plusieurs événements majeurs avaient lieu, contribuant ainsi à approfondir la réflexion autour des notions de confidentialité : la découverte au mois d’octobre de la mise sous surveillance de plusieurs journalistes du quotidien La Presse, la visioconférence d’Edward Snowden le 2 novembre à l’Université McGill, le rôle des médias (sociaux) dans les élections présidentielles américaines sont autant d’occurrences qui ont alimenté la problématique. Le thème Conditions de confidentialité reflétait indéniablement les préoccupations actuelles, non seulement sur le plan politique, mais aussi dans les sphères les plus intimes de la vie quotidienne.
Le coup d’envoi officiel du festival a eu lieu le jeudi 3 novembre avec l’organisation de deux ateliers : 

Intimate Narratives in Twine, présenté à Eastern Bloc par Mx. Dietrich Squinkifer, consistait en une discussion sur le logiciel Twine autour de la question des soins et de l’intimité au sein des jeux et de la culture du jeu vidéo.

L’atelier Déconstruction de l’internet présenté au Feminist Media Studio par l’artiste Joana Moll visait, quant à lui, à analyser le réseau complexe d’agents matériels et immatériels qui convergent dans la configuration de l’internet ainsi que son impact sur le monde physique.

La soirée d’ouverture s’est tenue le jeudi soir de 18h à minuit au quartier général du festival situé au 4001 Berri. Elle a rassemblé près de 500 personnes venues découvrir plusieurs activités : 

L’exposition CTRL + [JE] : intimité, extimité et contrôle à l’ère de la surexposition du soi de la commissaire Laura Baigorri, se tenant au Studio XX et présentant le travail des artistes : Amalia Ulman, Coding Rights, Daniela Müller, Diana Laurel Caramat, Franco + Eva Mattes, Intimidad Romero, Lea Castonguay, Sarah Faraday et WhiteFeather.

La soirée de projection Histoires d’ombres organisée par le Groupe Intervention Vidéo (GIV) diffusant  le travail des artistes : Anastasia Ferguson, Cheryl Pagurek, claRa apaRicio yoldi, Johanne Wort, Julia Barco, Kim Kielhofner, Kristin Li, Lamathilde, Sabrina Ratté et Sandra Araujo.

Les performances de Monica Rekas, root work (work that root), et de Johnny Forever et Gambletron, SPAM: Social Media Funhouse with Radio Transmission, présentées par Oboro.

La soirée s’est conclue avec la performance musicale électro industrielle de la formation UN (Kara Keith).

 

Les vendredi 4 et samedi 5 novembre ont été consacrés à la conférence Conditions de confidentialité : intimités, expositions et exceptions, organisée par l’Institut genre, sexualité et féminisme de l’Université McGill (IGSF). Ces deux journées ont été l’occasion de discuter de la question complexe de la vie privée au sein d’une époque contemporaine caractérisée par des conditions d’exposition intimes à travers la présentation de projets d’une vingtaine de chercheur-e-s émergent-e-s et la tenue de deux conférences principales de la professeure Beth Coleman de l’université de Waterloo, auteure de Hello Avatar (MIT Press, 2011) et de l’artiste contemporaine Amalia Ulman.

Le vernissage de l’exposition Objets acharnés : la contre-surveillance dans un univers post-humain au Feminist Media Studio le vendredi soir et regroupant le travail des artistes Janina Anderson, Remina Greenfield, Joana Moll, Karla Tobar Abarca, Maria Koblyakova et Natalia Alfutov a été un autre moment fort du festival. Cette présentation s’est accompagnée d’une table ronde où les artistes ont discuté des stratégies de contre-surveillance au sein d’un univers post-humain épars, où les limites mêmes de l’espace délimitent les termes du privé et du public, du licite et de l’illicite, du visible et de l’invisible, de l’initié et de l’étranger.

 

Déambulant dans le Mile-End et munie de sa valise/scanner, l’artiste Karla Tobar Abarca nous a convié le samedi 5 novembre à prendre part à ses interventions intimes dans l’espace public pour son projet <scanner-pack>.

Le samedi soir, La Centrale nous a accueilli pour la performance Visitor One Thru Eight à travers laquelle l’artiste Andrea Liu a exploré les conditions et les idéologies qui sous-tendent le spectatorat.
Enfin, l’exposition Mémoires Futures, présentée par articule, nous a fait découvrir le travail de quatre artistes : Ambivalently Yours, Sophia Borowska, Zeesy Powers et Zinnia Naqvi, dont les oeuvres questionnaient ce qui sépare le privé du public en se demandant où se situe réellement la limite de ce partage.

Deux ateliers pratiques présentés par le groupe FemHack, Cryptodance et FemCrypt, ont introduit les participant-e-s au concept de cryptage et ont suscité des discussions autour des différentes pratiques de chiffrage en lien avec la messagerie électronique et la navigation sur l’internet. Deux ateliers qui se sont révélés être plus qu’essentiels dans le contexte actuel !

Pour découvrir en image tous ces moments forts du festival, visitez nos Archives Matricules ou le site htmlles.net

 

UN FESTIVAL DURABLE

La 12e édition du festival a aussi été l’occasion de lancer officiellement le site web What drives us?, une publication en ligne, résultat d’une enquête internationale sur la pérennité des festivals. Le projet avait démarré en 2014 dans le cadre de la 11e édition des HTMlles : ZER0 FUTUR[E].

Le festival Les HTMlles, c’est aussi une opportunité pour célébrer les centres d’artistes de Montréal et le travail permanent des professionel-le-s culturel-le-s qui oeuvrent à la production et à la diffusion d’oeuvres d’artistes locaux-ales et internationaux-ales.

Les HTMlles est un festival à but non lucratif avec des ressources limitées et qui s’appuie sur l’engagement personnel des artistes participant-e-s lui permettant ainsi de présenter un programme percutant et de haute qualité soulignant la vitalité et la diversité des pratiques artistiques féministes. Le Studio XX et le festival Les HTMlles tiennent à remercier chaleureusement les artistes, les conférencier-ière-s, les partenaires, les stagiaires, les bénévoles, les pigistes, les bailleurs de fonds, les commanditaires qui ont contribué au succès du festival.

 

ON CONTINUE…

Le Studio XX – le centre d’artistes autogéré féministe en arts médiatiques derrière l’organisation des HTMlles – vous invite à continuer à prendre part à ses activités régulières : tables rondes, expositions, ateliers, résidences d’artistes, etc… et à rester à l’affût car si l’heure est actuellement dédiée au bilan et au repos bien mérité, le comité de programmation du Studio XX reprend la réflexion en 2017 afin de travailler à la prochaine thématique du festival. L’appel à projets pour les HTMlles 13 sera lancé en juin 2017 pour l’édition 2018. Le rendez-vous est donc pris !

Vos propositions, vos visions sur le monde, vos questionnements sont plus que jamais essentiels parce que vous portez un regard critique sur nos sociétés, parce que vous en révéler les dérèglements et les injustices et parce que vous stimulez de nouvelles réflexions. Dans un contexte frappé par le retour des conservatismes réactionnaires, provoquant très souvent des remises en question des droits des femmes et plus généralement des communautés minoritaires, il nous semble plus que jamais important de soutenir et de diffuser vos voix et pratiques féministes indispensables pour comprendre et mieux relever les défis complexes de notre époque.

Si le Studio XX s’est créé en 1996 afin de lutter contre la binarité de genre femme/homme très présente au sein des arts médiatiques en incitant les artistes qui se définissent comme femmes, transgenres et dissidentes à devenir créateur-rice-s et non plus spectateur-rice-s, et si des avancées en ce sens ont eu lieu ces 20 dernières années, l’apparition de nouvelles technologies (telles que la réalité virtuelle par exemple) ainsi que de nouvelles pratiques sur le web révèlent la persistance du gender gap, voire son renforcement. Il faut donc créer des espaces où vos voix et vos pratiques se font voir et entendre, où vous vous appropriez ces nouveaux outils afin d’en redéfinir les usages et où vous contribuez au développement d’une ouverture d’esprit fondamentale.




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